Chapter 31 of 39

Chapitre 18 - (1)

« Le mal existe, mais pas sans le bien, comme l'ombre existe, mais pas sans la lumière.» - Alfred de Musset

Deux cavaliers galopaient avec frénésie sur le Pont-Neuf, réveillant les âmes misérables, tapies dans l'ombre. De sortie sur les trottoirs, ils scrutèrent avec avidité les deux hommes braves - ou, assez fous pour affronter ce pont malfamé.

Nichés dans les piles du pont qui enjambait la Seine houleuse, les balcons fermés défilaient à toute vitesse. Sur leur sillage, les deux hommes dépassèrent la silhouette de la Pompe de Samaritaine.

Au loin, une bataille de rues faisait rage. Les groupes de filous qui régnaient sur le Pont-Neuf s'affrontaient en duel pour s'assurer la domination du territoire. Alarmés par la furie des sabots qui fouettaient le pavé, ils s'arrêtèrent et prirent la fuite, de peur de se faire harponner par une escouade.

Silencieusement, les deux cavaliers longèrent les quais de Seine. L'air sérieux et grave, les deux hommes ressassaient les moindres petits détails qui leur permettraient de trouver leur trublion d'ami. Les cheveux bruns fouettaient la nuque du premier cavalier, au rythme du galop. Celui-ci leva les yeux vers la silhouette du palais du Louvre puis regarda la croupe d'où voltigeait la queue brune du cheval de son compère. Ce dernier, au visage fermé et impassible, comptait scrupuleusement les heures qui les sépareraient de l'arrivée du Roi.

A la vue de l'étendard qui flottait, au gré du vent, les deux cavaliers lancèrent au galop leurs chevaux qui renâclaient sous l'effort.

Arrivés devant l'hôtel Halle-Barbier, les deux cavaliers s'arrêtèrent brusquement. Hors d'haleine, leurs montures se cambrèrent, les sabots au ciel. Les deux agiles cavaliers sautèrent de leur étrier et se précipitèrent vers la porte de massive cloutée. Tenant son cheval blanc par la bride, le brun à la chevelure abondante emboita le pas, pressé. Il pilonna le heurtoir composé de deux chevaux et cogna avec fracas la porte.

Un des soldats de garde dont la casaque était à l'envers s'ouvrit la porte et approcha d'eux.

« Théophile de Riaux, s'annonça le comte. Léon de Mayne. Nous devons nous entretenir d'une affaire urgente avec le Capitaine de Forbin. »

Le mousquetaire de garde toisa avec une moue de dédain, Théophile, agité, puis le rouquin, en retrait, bien arrogant avec le col relevé.

« Laissez-moi deviner, vous souhaitez devenir mousquetaires, vous aussi. Il faudra revenir demain matin comme tout le monde, le gringalet ! »

Il esquissa un large sourire plein d'arrogance, et leur referma la porte au nez. Toutefois, quelque chose la bloquait si bien que celle-ci refusait de se fermer.

« Je crois que vous ne saisissiez pas totalement. » pesta Théophile, renfrogné, la tête dans l'entrebâillement.

Le comte de Riaux avait oublié à quel point le corps d'élite était fort arrogant, surtout lorsqu'ils étaient avinés. Et, le temps leur manquait. Du coin de l'œil, il entraperçut quelques bouteilles de vin qui jonchaient le sol. Il entendit des râlements et quelques gloussements féminins. Le comte nota une trace rouge sus le cou de l'homme puis sourit. Ce n'était un secret pour personne que les mousquetaires étaient les coqueluches de tout Paris et, surtout leur penchant pour les jolies femmes. Avec une force insoupçonnable, il repoussa la porte bien lourde. Roublard, il s'avança vers le garde, d'une démarche souple et assurée. Prêt à riposter, ce dernier porta sa main sur le bouton de rivures décoré du médaillon portant la croix fleurdelisée. Séducteur, le comte tira sur sa casaque bleue vers lui.

« Mon joli cœur, souffla le comte d'un ton aguicheur en fixant sa proie. Ceci est très vilain. Tiens, ce sont pour... »

Théophile marqua une pause, glissa quelques pièces au creux de la main du garde, fort déstabilisé. Il se pencha en avant, lui tapota la joue et reprit avec un regard entendu :

« Tes petites distractions ! »

Les mâchoires serrées, ce dernier releva un sourcil et suivit le regard de l'atypique comte, amusé.

« Corrompez-vous un Mousquetaire du Roi, Monsieur ?

- Allons, joli cœur ! s'exclama Théophile, satisfait, avec un clin d'œil coquin. Toute suite, les grands mots ! Je parlerai plutôt d'un petit arrangement à l'amiable. Tu nous laisse entrer et nous ne dirons rien sur tes activités nocturnes. Voyes-y une récompense pour les exploits... Oh ! »

Le mousquetaire tira son épée effilochée et aiguisée. Il la pointa sous la gorge de Théophile qui eut un mouvement de recul.

« Allons ! Ne te méprenne p...

- Menace. Manipulation...»

Théophile esquissa un rictus nerveux et se tourna vers le valet du prince. Il chercha du secours auprès le rouquin flegmatique, silencieux jusque-là. Il se délectait de voir le comte se faire maltraiter. Tout en portant sa main sur sa poitrine, il acquiesçait solennellement chaque chef d'accusation.

« Si je peux me permettre, rajouta-t-il, une fois que le garde eut fini sa longue liste, vous pouvez rajouter trouble à l'ordre public.

- Sale traitre, pesta Théophile.

- Et insulte.

- N-Non, je ne m'adressais guère à vous, s'empressa de se corriger Théophile. Arrogant, impertinent ou à la limite idiot...

- Un petit séjour en geôle vous remettra les idées au clair, p'tit vaurien. »

Le garde empoigna fermement par le col et le traina.

« En geôle ? s'égosilla Théophile. Avez-vous seulement la moindre idée de qui je suis ? se débattit-il le comte de Riaux. Léon, dis-le-lui ! »

Léon hésita puis haussa les épaules.

« Je n'ai jamais vu cet individu de mon humble existence. »

Theophile s'étrangla devant le petit rictus qui se dessinait sur les lèvres de Léon.

« Quel sacré plaisant ! Léon, tu as toujours le mot pour rire. Dis à joli cœur qui nous sommes ? insista Théophile

- Ton ami n'a pas l'air de te connaître, dit le garde en prennant à temoin Léon. En toute franchise, cela ne m'intéresse guère. Voyez-y le premier enseignement pour être mousquetaire, ne défiez jamais l'autorité, joli cœur ! »

Le comte de Riaux se débattit sans grand succès et observa son ami se rétrécir.

« Léon ! Léon ! Un peu d'aide serait fort appréciable.

- Vous vous débrouillez fort bien tout seul.

- Léon.

- Le mot sacré ?

- Je t'en conjure ! » hurla Théophile par-dessus l'épaule du garde.

Lorsqu'il aperçut Léon secoua la tête avec un moue désapprobatrice, il s'empressa d'hurler :

« Je t'en prie, Sir Léon...»

Le rouquin plissa son nez droit tacheté de rousseur en signe de désapprobation, n'appréciant pas le ton.

« Léon, se corrigea Theophile, veux-tu bien me venir en aide, je t'en conjure ? Je suis prêt à te payer !»

- Est-ce aussi compliqué ? s'adressa-t-il à Théophile qui roulait des yeux. Nous sommes là sur ordre du Roi.» se résigna-t-il à dire au mousquetaire avec nonchalance.

Le valet du Prince montra un billet portant le sceau du Roi pendant que le comte de Riaux fusilla son comparse. Le garde hésita puis arracha le billet de main de Léon, sans lâcher le comte. Il examina le billet, il relâcha le comte qui se rhabillait, avec un regard peu agréable, rangea son épée dans son fourreau et se confondit en excuse. Il laissa passer Léon, aussi égal à lui-même. Celui-ci rendit la bride du cheval à Théophile et l'autre au Mousquetaire de garde.

« Que disais-tu, joli cœur ? nargua Théophile, avec un grand sourire, en lui tendant les brides de son cheval. Ne défie pas l'autorité. »

Épuisé, Léon frotta son menton fin. Sans attendre son compère, il marcha dans la cour carrée de l'hôtel particulier du Capitaine des Mousquetaires où se promenaient, d'ordinaire, plus d'une centaines d'hommes armés, était quasi-déserte. Le bourdonnement intempestif avait laissé place à un calme presque olympien. Des ombres attirèrent l'œil aiguisé de Léon. Des lumières s'échappaient de quelques chambres de la bâtisse centrale, notamment dont celle du Capitaine. Quelque chose s'y tramait. Léon était certain. Le sifflotement satisfait de Théophile, derrière lui, troubla le silence.

A quelques mètres, ils croisèrent trois mousquetaires avinés qui jouaient avec des femmes vêtues, légèrement.

« Quo ruit et letum, salua placidement Léon.

- Quo ruit et letum. » se levèrent les mousquetaires au garde-à-vous en se jetant les femmes effarouchées.

Sans la moindre émotion, Léon entra dans le vestibule, calme et sombre.

« Enfin ! s'indigna Théophile, derrière lui, contrarié. N'a-t-on jamais vu des hommes aussi peu délicats. De véritables bêtes ! Est-ce, donc là, des façons de traiter des séduisantes femmes qui ne manquent surtout pas d'atouts ? »

Léon ne put s'empêcher de renâcler avec ironie en l'écoutant. Vraiment, c'était l'hôpital qui se moquait de la charité.

« Que signifiait ce regard, huh ?

- Que signifiait ce regard ? répéta Léon, faisant mine de ne rien comprendre.

- Oui. Léon.

- Oh, je me demandais comment l'homme aux milliers de conquêtes est soudainement devenu un exemple de bonnes vertus, et de bonne conduite. »

Le comte de Riaux s'arrêta, bafoua et s'offusqua. Il passa le revers de sa main sous son nez, en quête d'une réplique mais rien ne lui venait. Théophile s'empressa de contre-attaquer.

« Oh cela ne va bien de proclamer cela. As-tu pour vocation de devenir un moine des Chatreux. Tu n'as pas dit plus de deux mots depuis que nous avons partis du Mousquetaire de Berry ?

- Et bien, peut-être, parce que je n'ai rien à dire ? »

Le comte de Riaux gesticulait, comme un moustique qui rôde, autour du valet du roi qui commençait à perdre son sang-froid.

« Oh vraiment ? » chuchota Théophile, incrédule, par-dessus l'épaule de Léon.

Léon leva sa mâchoire qu'il serrait puis soupira d'agacement, jugeant que ce bougre de comte n'en valait pas la peine.

« Oui, vraiment. coupa court Léon, agacé, en s'avançant avec prudence.

- Ou bien, est-ce parce que je n'aimerais pas ce que tu aurais à dire, Léon ? »

D'une démarche rapide, ils empruntèrent le long escalier où s'agglutinaient, d'ordinaire, les Mousquetaires, les ambassadeurs, messagers, les jeunes hommes qui avaient dans l'espoir d'entrer dans les rangs de ce corps d'élite.

« Je ne crois pas que ce soit l'endroit le plus propice pour en parler. »

Léon fit un geste vague comme pour le chasser. Le comte de Riaux n'était pas prêt à en découdre aussi facilement. Il monta quelques marches pour se retrouver au-dessus du Léon. Il le dévisagea.

« Au contraire, ceci est l'endroit parfait, Léon ! s'interposa Théophile en passant une main dans ses cheveux. Parlons-en. Qu'as-tu à me reprocher ?

― Excellent trait de génie que vous aviez eu de mentir à la Reine. Que s'était-il passé dans votre tête ? Votre comportement. Par ailleurs, se rendre chez ce Monsieur de Berry était une formidable une véritable perte de temps. Il ne savait rien du tout sur cette Veuve Noire, si elle existe. Nous nous sommes parfaitement ridiculisés, de parfaits débutants. »

Léon poussa Théophile qui ne revenait pas de son audace et continua son chemin.

« Oh ! Qui a laissé Nicolas partir seul ? chargea-t-il. Certainement pas moi. Je déteste le dire, Léon...

― Alors, abstenez-vous de le faire, suggéra Léon, priant que ce supplice se termine.

― Mais je vais le faire quand même. J'avais raison. Tu n'aurais jamais dû te laisser berner aussi facilement. »

Piqué dans son orgueil, le rouquin pressa le pas en bourgeonnant sous sa barbe. Il dut concéder ce point. Jamais, il n'aurait dû quitter la réception. Jamais il n'aurait dû quitter des yeux le prince, aussi imbuvable qu'il soit. Il ne le montrait pas mais Léon se faisait un sang d'encre. De plus, il avait manqué tous ces devoirs. Mentir à la Reine n'avait aucun impact, cependant mentir à S.M... Léon en eut des frissons. Sous les regards des illustres Mousquetaires qu'avait connus la France, il longeait l'antichambre.

Perdu dans les méandres de son esprit, il surprit la lueur d'un chandelier, des chuchotements et des ombres qui s'avançaient vers eux. Ceux-ci provenaient du couloir contigu à celui dans lequel les deux gens se trouvaient.

Le cœur palpitant, Léon se réfugia derrière une vieille armure décorative. Il attrapa Théophile qui se baladait, d'un pas léger, comme si les lieux lui appartenaient.

« Léon, ici ? En voici une drôle de façon de t'excuser. Mais, celle-ci est loin de me déplaire. » chuchota Théophile badin, en battant des cils.

Le valet du prince rougit devant les avances douteuses du comte. Léon se mordit les lèvres et grogna, désabusé, sentant qu'il perdait patience. Qui lui avait mis un un empotée pareille dans les pattes ?

« Que regardons-nous au juste ? demande le comte, en soulevant le bras de l'armure.

- Taisez-vous et cessez de vous agiter ! » s'impatienta le valet du prince.

Léon donna un petit coup à Théophile, admiratif, qui touchait à tout. Derrière Léon et Théophile s'étonnèrent de la légère agitation qui y régnait. Des éclats de voix s'échappèrent du couloir.

« Blessé à l'épaule, dis-tu ? » prononça une voix pâteuse.

L'homme bailla. On venait visiblement d'extirper de son sommeil.

« Oui. Et ce n'est pas n'importe qui. L'homme est le Prince, en personne.

- Le prince ? »

Cette information eut l'effet d'une douche froide. Les deux hommes passèrent devant eux. Léon et Théophile se crispèrent.

« Le capitaine compte sur ta discrétion, Antoine.»

D'un air entendu, l'apprenti chirurgien hocha la tête.

« La blessure est-elle profonde ?

- C'est là le mystère... »

Ils pressèrent les pas et les voix s'éloignèrent. Les deux compères s'extirpèrent de leur cachette.

« La bonne nouvelle, c'est que l'on a retrouvé Nicolas avant l'arrivée du Roi. annonça avec soulagement Théophile, les yeux pétillants.

- Savez-vous ce que veux dire blessé ? posa de manière rhétorique Léon qui quittait la cachette.

Le comte de Riaux fronça les sourcils, s'offusqua puis répliqua avec cocasserie.

« Qui est atteint d'une blessure . Que croyais-tu ? »

Les lèvres pincées, les mains dans le dos, Léon de Mayne se rembrunit. D'un pas furieux, il dirigea vers la chambre où se reposait le Prince de France.

« Où vas-tu ? »

Dans le cabinet du capitaine de Forbin, un vigoureux jeune homme blond au regard franc et plein de détermination se tenait droit comme un piqué, le cœur palpitant. Avec un demi-sourire embarrassé, il se balançait d'avant en arrière. Le capitaine ne cessait de le jauger, d'un air massacrant.

Impressionné, le blond aux yeux bruns scrutait chaque recoin de la pièce chargée d'histoire et des grands hommes. Derrière lui, se trouvaient un laquais et un mousquetaire, l'empêchant de fuir. Un odeur particulière y flottait. Il grava dans sa mémoire chaque fauteuil en velours, chaque boiserie, chaque étagère et tapisseries. Le jeune homme tomba sur le portrait du capitaine Monsieur de Tréville, une légende, dont on ne tarissait pas d'éloges tant il était aimé et respecté. Puis, il s'attarda sur celui du valeureux et ingénieux D'Artagnan qui lui sourit avec bienveillance.

Bien qu'il soit imposant, le blond se sentait ridiculement petit dans ce lieu, imprégné d'héroïsme et de bravoure.

Le capitaine des Mousquetaires Gris posa une main tremblante sur le cabinet. En lisant le nom du jeune homme, les souvenirs du capitaine lui revinrent, d'un coup en mémoire.

Troublé, il tenait une lettre de recommandation qu'il dut lire plusieurs reprises.

« Avez-vous la moindre idée de l'identité de l'homme que vous prétendez avoir sauvé ? souleva-t-il, en levant son nez de la lettre.

- Oui, répliqua sans la moindre hésitation le blond.

- Que faisiez-vous là ? » le sonda-t-il.

Il le fixa avec si perçant qu'il semblait vouloir lire au fond du cœur du blond.

« Je revenais de chez le Monsieur Prévôt pour me rendre chez moi.

- Aussi tard ?

- Je tenais lui présenter la lettre que vous détenez entre vos mains afin afin de rentrer dans ses rangs au plus vite. Malheureusement, celui-ci ne l'a jamais eu. Il avait des affaires plus urgentes qui le retenaient. »

Gabriel fronça les sourcils, ne pouvant cacher l'ombre de la déception qui se dessinait sur son visage. Il avait perdu toute sa journée à patienter dans les confortables fauteuils de l'antichambre du Prévôt de Paris. Le rigide capitaine posa la lettre. Le jeune homme pinca ses lèvres. De Berry était sincère et ne cillait guère.

Franc, vaillant, valeureux, vif d'esprit, habile, escrimeur hors-pair et toujours prompt. Il s'illustrait par son caractère et ses compétences, en croire Monsieur de Sillegué, fils d'un illustre de la maison.

Celui-ci ferait une excellente recrue. Faire un pied-de-nez à DeLenclos rejouissait le Capitaine.

« Un élément tel que vous a dû récupérer quelques indices ou apercevoir quelque chose.

- Non, les malfrats se sont enfuis bien avant mon arrivée. Cependant, il n'avait plus sa bourse.

- Optez-vous pour un larcin. »

Gabriel hocha la tête. Le capitaine de Forbin croisa les bras et lâcha un soupir. Il prit sa plume.

« Vous pouvez disposer.

- Loin de vouloir vous offenser, Monsieur de Forbin, s'approcha timidement Gabriel en balbutiant, pourrais-je récupérer cette lettre, gage de mes bons résultats ? »

Le capitaine s'interrompit et le jaugea avec sévérité.

« Vous comprenez sans nulle doute la faveur que je vous fais là en ne vous soumettant pas à la question. Le sujet est délicat. Votre lettre est gage de votre bonne foi. Ainsi, vous entendez parfaitement, Monsieur de Berry, que si la moindre information quitte ses lieux, je n'aurai guère le choix de vous embastiller. Toutefois, continua-t-il en grattant, soyez assuré que vous la récupérez. »

Gabriel opina du chef, prit son sac et se résolut à quitter le cabinet. Le capitaine de mousquetaires gris rédigea un billet. Il le tendit à un des hommes postés devant la porte.

« Transmettez-la au Roi, en personne. »

L'homme s'exécuta immédiatement.

Dans l'antichambre, Gabriel vit le mousquetaire filer comme un courant d'air. Il ne put se sentir coupable. De sa poche, il sortit un bouton de cape qu'il avait ramassé dans les lieux. Nerveux, il l'examina de plus près. Il espérait se tromper. Derrière ce bouton, des initiales y étaient gravé, confirmant ses soupçons.

En entendant des pas, il se hâta de ranger le bouton. Nerveusement, il froissa le bout de tissu qui tenait dans ses poches et croisa le duo improbable en partant.

Un silence assourdissant retentit dans la taverne vide. Les quelques clients étaient soit partis se coucher, tout comme Joseph. Mais, vers la table du fond, les chandelles brûlaient encore. Trois personnes s'échangèrent des regards livides et, Pénélope de Berry n'y comprenait pas le sens.

Après son long exposé, la ravissante femme se triturait les mains abîmées par les piqûres d'aiguille. La nouvelle qu'elle avait apportée, avait jeté le glas.

« Qui est cette femme, la Veuve Noire ? s'interrogea à voix haute Aëla qui avait la bougeotte.

- Ce nom ne m'est pas inconnu, murmura Constant. On l'associe à Séraphine, le rossignol... »

Le Toulonnais se tut. Trois regards se braquèrent sur lui. Le visage du Toulonnais se contorsionnait de milles expressions qu'Aëla n'appréciait guère. Ils étaient pendus à ses lèvres, attendant la suite de la phrase.

« Ce n'est pas vrai ! maugréa Anselme, caché dans l'escalier. Il va cracher son morceau.

- Chut ! marmonna Sophie, assise à côté de lui. On dirait que tu fais tout pour qu'ils nous surprennent. »

Les deux enfants terribles tendirent les oreilles dans l'espoir d'en apprendre plus.

Autour de la table, la tension était palpable. Ils étaient tous pendus aux lèvres de Constant.

« Non impossible...»

Pénélope se mordillait les lèvres. L'excitation parcourait ses veines. Elle, Pénélope, vivait une aventure palpitante comme les héroïnes des romans qu'elle dévorait, ou comme sa grand-mère lui contait. Si elle avait eu vent, quelques mois plus tôt, qu'elle aiderait Dorian Blaise, elle vous aurait traité de fou. Cependant, elle était là parmi la bande du voleur. Elle ne fut pas vraiment surprise en apprenant qu'Aëla le connaissait. Pénélope ne cessait de s'interroger jusqu'à quel point sa soeur était intime avec ce bandit. La ravissante blonde rougit en croisant le regard de Volupia qui devinait ses pensées et détourna son attention, ailleurs.

La brune aux yeux d'émeraude frappa nerveusement du bout de des doigts la table. Une main dans ses cheveux, Volupia se redressa et releva un sourcil, intriguée, en entendant le Rossignol.

« Le Rossignol ?

- Comme dans la fable le Milan et le Rossignol ? souleva Aëla, en se frottant les yeux. Que vient faire une fable dans cette histoire ?

- Mais, ce n'est pas une fable quelconque, Aëla ! répliqua Pénélope, avec une étincelle qui faisait briller d'un éclat particulier ses admirables yeux bleus qui fascinaient Constant. Elle dépeint les fastes de la Cour.»

Celui-ci siffla impressionné.

« Jolie et Brillante » complimenta le Toulonnais.

Gênée par les avances de l'écrivain débraillé, Pénélope sentit le rouge lui monter aux joues.

« Si vous voulez un conseil, jolie Pénélope, les hommes se méfient des femmes intelligentes comme de la peste.

-Est-ce donc pour cette raison que tu m'évites ? » demanda Volupia, marquant son territoire face à Pénélope.

Constant grimaça, se gratta la nuque.

« Peut-on revenir à ce rossignol ? s'impatienta Aëla. Vous aurez tout le temps de vous chamailler lorsque l'on aura sauvé Dorian. »

L'écrivain remercia Aëla du regard et poursuit :

« Il se murmurait que le Milan représenterait la Montespan et Séraphine, le Rossignol du Roi, appelée la Veuve Noire. Mais, c'est avant tout l'histoire tragique de deux magnifiques sœurs qui se sont disputées l'amour d'un roi. »

Volupia esquissa un sourire moqueur en voyant Pénélope qui buvait les paroles de Constant avec fascination. Aëla roulait des yeux. Elle fit une moue rébarbative. Elle aurait dû le parier.

« Et, le joli rossignol ne s'en est pas sorti indemne, perdant son chant à jamais... »

En écoutant Constant, Aëla avait l'impression que la vengeance n'était pas un leitmotiv suffisant. Quinze ans après. Quelque chose leur échappait. Rien n'expliquait le lien entre cette Seraphine et le Cagoux, ni avec l'implication des Bersons à moins que...

Musique: Superheroes de The Script ©

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