Les deux jours étaient passés trop vite à mon goût. J'avais réussi à échapper à un entraînement trop intense avec Alec, qui resterait ici pour diriger la meute avec les autres bêtas en l'absence des alphas, me laissant un peu de repos histoire récupérer une tête normale et ne pas ressembler à un zombie. Je dis bien "des", car Amarok était de la partie pour mon grand déplaisir.
J'étais parvenue à ne toujours pas lui adresser la parole, me servant d'Alec ou de Sam comme messager, ce qui désespérait ceux-ci et amusait beaucoup Mia, qui avait bien entendu été mise au courant de nos histoires dès que Sam avait appris qu'elle était ici.
Au détour d'une conversation, un autre secret m'avait été révélé: en fait, les vampires ne dormaient absolument pas le jour. Ils ne dormaient pas du tout en fait. La journée, ils lisaient... Enfin, c'est ce que Chris faisait d'habitude, mais là il passait ses journées à apprendre à Mia comment se comporter en vampire mesuré et adapté au mode humain. Celle-ci avait d'ailleurs de moins en moins de mal à s'habituer à notre vitesse, qu'elle qualifiait d'affreusement lente.
Elle suivait le régime à base de sang animal imposé par Chris depuis son arrivée et elle avait de moins en moins de difficulté à respirer nos odeurs sans ressentir le besoin de nous sucer jusqu'à la dernière goutte -ses mots pas les miens.
Toujours était-il qu'il était actuellement 6h du matin, afin que nous arrivions à 14h en France... Enfin plus ou moins. Chris s'affairait à dessiner un cercle rempli de signes étranges, préparant un portail pour se rendre directement sur place.
Mia l'observait attentivement, envieuse de cette capacité à manier les glyphes et la magie. Ce qu'elle ne savait, alors que moi oui, c'est que Chris envisageait de lui faire passer des tests une fois sa formation "vampire pour les débutants" terminée.
C'était décidément très pratique cette capacité à lire les esprits... Même si ça fonctionnait mieux quand j'avais déjà rencontré la personne, ce qui rendait difficile la lecture d'esprit inconnus.
Enfin, passons. Le cercle que Chris venait de finir de dessiner s'illumina d'une lumière bleue, il nous invita à entrer dedans et à l'instant où j'y entrai, un torrent de bleu et de vert entremêlés, aussi beau qu'un océan, m'enveloppa ainsi que toutes les autres personnes présentes.
Lorsque le tourbillon redescendit, nous étions à l'entrée d'une ville ... Au milieu des bois. Décidément, vivre caché semblait vouloir dire vivre dans la verdure... Ma tête me tournait et je faisais ce que je pouvais pour rester debout.
- C'est ici que nos chemins se séparent, dit tristement Chris, en posant sa main sur le bras de Mia pour lui signifier qu'elle venait avec lui.
Celle-ci s'approcha et même si je sentis Amarok se tendre, je ne bronchai pas. Elle m'enlaça et je lui rendis son étreinte, sachant qu'elle ne risquerait pas de me mordre.
- Ãcris moi souvent d'accord? Tu as mon numéro, me dit-elle d'une petite voix.
Je la comprenais, elle allait désormais partir loin de tous ceux qu'elle connaissait d'avant et elle avait peur de nous laisser partir.
- Bien sûr, pour qui tu me prends, lui répondis-je gentiment.
- Pour quelqu'un qui me fout des vents quand j'en envoie, bougonna-t-elle.
Je ris, parce que c'était en partie vrai, puis la laissai s'éloigner. Je captai un regard incertain de Chris vers Rick et tiquai enfin. Alors c'était ça ...
En un clin d'Åil, les deux vampires étaient partis au quart de tour et disparaissaient déjà en s'enfonçant dans les bois.
à l'unisson, nous nous tournâmes vers le village et surtout, vers l'imposant manoir que j'apercevais à l'opposé de nous.
- Bon et bien ... Allons-y, dis-je dans un souffle à mon groupe.
Je pouvais sentir d'ici la quantité phénoménale de loups présents en ville. Et j'étais presque sûre qu'une bonne partie étaient des Alphas, réunit de tous les coins du monde pour... Moi.
D'accord, ça c'était un peu flippant.
Notre groupe était constitué de Rick et Amarok -évidemment-, Sam, Apollon, Olivier -un bêta de la meute qui suivait Rick- et moi.
Rick prit la tête du groupe, suivit d'Olivier, Sam et moi derrière lui avec Amarok et Apollon derrière nous. Tout le long du chemin, Sam me disait de me redresser, de relever la tête, de garder un regard droit. Je soupirai, déjà fatiguée de ce voyage.
Je ne savais même pas encore ce qu'on attendait de moi... Même si j'avais une petite idée de la question, ce qui me mettait mal à l'aise.
Sur le chemin, tous nous regardaient. Ils s'arrêtaient exprès pour nous dévisager, étrange procession où il était facile de me repérer. Mes cheveux étaient à presque égalité entre le noir et l'argent, mais toujours entremêlés.
Arrivés devant le manoir, nous fûmes accueillis par un bêta. Il nous conduisit à travers les couloirs remplis de tableaux et d'Åuvres d'art imposantes et onéreuses avant de nous laisser devant la porte d'un immense bureau.
Assis derrière le meuble en chêne finement travaillé, entouré par des piles de dossiers impressionnantes, se tenait sans doute l'homme le plus beau que j'ai jamais vu de ma vie, et sans doute aussi l'un des plus fatigués. Ses cheveux cuivrés en bataille retombaient devant ses yeux verts, soulignés de cernes mauves et donnaient un air craquant à ce trentenaire. Il devait être...
Avant que j'ai pu me faire le moindre avis, il leva les yeux et je pus lire en lui.
Il ne voulait que le pouvoir. Et il entendait que je lui offre sur un plateau d'or -bah oui, un plateau d'argent lui aurait brûlé les doigts... Mais, n'était-ce pas plus adapté de coup? En moins d'une demi-seconde, cet homme m'avait éblouie et donné envie de vomir.
- Mater Lupa, dit-il un énorme sourire aux lèvres en se levant de son bureau, le contournant d'une démarche féline et presque... Pressée. Je me présente, Alpha Suprême Charles, descendant de Jeanne la douce, votre prédécesseure.
- Enchantée, dû-je me forcer à dire.
Je ne dis pas mon nom et la tension dans la pièce tomba d'un coup sur les épaules de chacun.
Tu ne le sens pas, pas vrai ?
La pensée dAmarok me parvint comme dans un souffle. Je faillis tressaillir, n'étant plus habituée à sa voix depuis que je ne lui parlais plus. Comme seule réponse, je penchai simplement la tête vers lui. Non, je ne le sentais pas.
Rick s'avança, bien qu'il ne soit clairement pas en mesure de mener ce genre de combat, à l'inverse de son fils. Sans doute celui-ci avait-il transmis le message aux autres de ma mauvaise impression par le lien de la meute.
- Ravi, Alpha Charles, je suis l'Alpha Rick Smith et voici mon fils, Amarok et ma fille Samantha, précisa-t-il en pointant ceux-ci. Nous vous remercions pour votre hospitalité, et nous aimerions nous reposer avant la fête de ce soir.
Il se crispa, visiblement pas ravi de se faire envoyer bouler. Sam était confuse, mais je savais qu'elle se rangerait du côté de son père et dans le pire des cas, du mien.
Il hocha la tête.
- Bien. Sachez que vous êtes attendus à la grande salle à 19h précise. Pour ce qui est de la trouver, suivez donc les bruits de conversations.
Rick fit mine d'apprécier la plaisanterie et Sam fit de même pendant qu'Amarok posait une main protectrice et un peu possessive dans le bas de mon dos. Dans toutes autres circonstances, je l'aurais envoyé bouler, mais là honnêtement, je n'avais rien contre un peu de protection. Cet Alpha me faisait flipper, de sa façon de me regarder comme un morceau de viande à ses pensées.
- Attendez une seconde, nous arrêta-t-il alors que nous étions sur le point de sortir. Votre nom, Mater Lupa.
- Je vous demande pardon? dis-je innocemment en me tournant vers lui.
Je savais que c'était inévitable, mais je ne voulais tout simplement pas donner mon nom à cet homme. Ses yeux tournèrent à l'ambré, mélange parfait du doré d'un Alpha normal et du rouge de tout autre loup. En lisant, je constatai qu'il forçait en fait la connexion avec mon esprit.
- Vous... Ãtes muette?
La question ne s'appliquait évidemment pas à ma capacité à parler en vrai, mais bien à celle de communiquer par la pensée avec la meute... Chose dont j'étais incapable puisque je n'étais jamais entrée ni dans celle de mon père, ni dans celle de Rick par manque de temps, l'acceptation dans la meute se faisant systématiquement à la pleine lune.
Je compris alors en assemblant les différentes pensées de chacun que cela m'immunisait contre l'Alpha Suprême et son lien intrusif, et cela m'arrangeait bien. Seulement, il fallait que je nous sorte de ce bureau, peu importe mes réticences.
- Il semblerait. Mon nom est Violette Blake.
Ses yeux reprirent une teinte normale alors qu'il se retenait de grogner. Il repéra alors la main d'Amarok, toujours posée au bas de mon dos, et ricana.
- Une Blake? Voilà bien des générations que les Blake n'ont plus engendrés de femelle. Alpha Rick, vous êtes bien évidemment conscient que votre petit accord ne tient pas étant donné la situation.
- Nous sommes parfaitement au courant, répondit Amarok à sa place en serrant les dents.
Sam me promis mentalement de tout m'expliquer plus tard.
Ce que je l'obligeais à faire 20 minutes plus tard alors que nous étions dans la chambre qui nous avait été attribuée, Sam ayant insisté, et moi avec, pour que je ne me retrouve pas toute seule.
- C'est quoi cette histoire d'accord?
- C'est... Compliqué. Tiens regarde, c'est ta robe pour ce soir.
- N'évite pas le sujet, dis-je en prenant la housse blanche qui contenait ma tenue pour la soirée.
J'accrochai la housse à une porte de la garde-robe et me plantai devant Samantha.
- Si tu ne me le dis pas, je fouille ton esprit.
- Tu n'oserais pas!
- Je vais me gêner, grognai-je. J'en ai légèrement ma claque qu'on me mente sur ma vie depuis ma naissance. Alors soit tu parles, soit je fouille ta mémoire.
Elle soupira.
- Bon très bien! Mais je te préviens, j'ai le gros de l'histoire, tu peux te brosser pour les détails.
- Envoie, c'est toujours mieux que rien.
Elle s'assit sur le lit à baldaquin qui nous accueillerait la durée de notre séjour ici et me fit signe de venir la rejoindre. Je m'assis donc en tailleur à côté d'elle, prête à tout entendre au point où j'en étais.
- Bien, se lança-t-elle. Il y a à peu près 400 ans, les Blake et les Smith ne s'entendaient pas du tout, un peu à la Montaigu et Capulet. Sauf que comme les pièces de théâtres c'est pas la réalité, c'est l'Alpha Suprême de l'époque qui a décrété que les deux familles seraient séparées jusqu'à ce qu'un enfant mâle chez les Smith et une femelle chez les Blake viennent au monde en même temps, comprends dans la même génération, pour que les deux enfants s'unissent et mettent fin au conflit en réunissant les deux familles en une seule.
"Comme ils ont eu vachement peur de ça, et vu que l'union d'un loup et de sa compagne est vraiment primordiale chez les loups, les deux familles ont cherché des terrains d'entente avant la venue au monde du couple. Au final, tu es la première Blake fille depuis cette période, tu es de la même génération qu'Amarok et nos deux familles ont des relations parfaitement sympathiques.
- Donc... Tu es en train de me dire que je suis "promise" Ã Amarok?
- Depuis ta naissance oui. Si tu avais été "normale", vous auriez fini par vous lier d'office, mais puisque tu es la Mater Lupa, cet accord est déclaré non avenant. Ce qui veut dire que si tu te mets avec Amarok en définitive, bingo, mais si tu décides de te lier à un autre alpha, ce sera à une autre Blake de prendre le relai.
- Et tu soutiens que tu n'as pas les détails? Ãa m'a l'air vachement précis ton histoire, pour un truc sans détails.
- C'est une histoire qu'on aime bien raconter entre nous, que ce soit à la meute ou d'autres meutes. L'accord est aussi connu que la haine de nos deux clans à l'époque. Les vampires se targuent de bien savoir la raconter, et puisque j'ai pratiquement été élevée par Chris, qui était déjà là ...
- Oui je comprends, soupirai-je.
Je me laissai tomber sur le matelas, démoralisée.
- Donc je suis vraiment cernée de partout... Bon sang, et moi qui croyais au moins maîtriser ça.
- Tu as le contrôle total sur ton choix de partenaire.
- Va dire ça à l'autre abruti aux yeux oranges. Il ne voit qu'un morceau de viande quand il me voit, et ce type à le double de mon âge! Et je doute très fortement que les autres alphas soient plus civilisés, à par mon père et le tien.
- Qui ne rêverait pas de mettre la main sur le pouvoir suprême, murmura-t-elle en caressant le dos de ma main, un sourire désolé collé au visage.
Nous restâmes ainsi, à nous apitoyer sur mon sort pendant encore 5 minutes, puis Sam se leva d'un bond et reprit ses préparatifs pour la soirée.
- Allez! Assez déprimé, tu as une soirée en ton honneur dans un peu plus de 3 heures, il est temps de se mettre en marche.
Elle remit la housse juste à côté de moi et me l'ouvrit, comme si je ne savais pas utiliser une fermeture éclair.
- Rejoins moi à la salle de bain, on va faire tes cheveux et ton maquillage d'abord.
- Alors quel intérêt de m'agresser avec la robe tout à l'heure?
- Absolument aucun sinon mon plaisir personnel, dit-elle en riant. Et aussi faire diversion, sauf que ça n'a pas marché.
Je levai les yeux au ciel et la rejoignis donc dans la salle de bain.
Elle passa bien 1 heure à jouer avec mes cheveux, profitant de leur longueur et de leurs couleurs encore particulières pour me coiffer d'un chignon composé d'un amas de tresses marbré de noir et d'argent, se mélangeant parfois pour créer un gris plus foncé. Elle eut la bonté de me laisser tout de même deux mèches à l'avant pour encadrer mon visage, une parfaitement noire et l'autre parfaitement argentée.
- Tu as fini de jouer à la poupée?
- Pas encore. Je fais ton maquillage et puis je m'occupe de moi.
- Tu veux de l'aide?
- Tu sais utiliser un fer à boucler?
- Je vais te laisser te débrouiller...
- Sage décision!
Elle s'attaqua donc à mes yeux, puis ma bouche et finalement mes joues. Tout était en teinte rosée/rouge, un trait léger d'eye-liner au coin des paupières, faisant ressortir mes yeux et mettant un peu de couleurs, très discrètes cependant, sur ma pâleur.
- Wow....
- Oui je sais, se félicita-t-elle toute seule. Après c'est plus facile quand le modèle de base est beau. Bref, maintenant va attendre dans la chambre, c'est mon tour. Tu peux déjà mettre ta robe.
Je sortis en soupirant et en retirant le vêtement de sa housse. Vu comme ça, j'étais moyennement fan du bout de tissu rouge sombre qui s'étalait devant mes yeux.
Je l'enfilai en prenant bien soin de n'abîmer ni la coiffure, ni le maquillage, ne tenant pas à ruiner le travail de Sam, fermai le dos de la robe, puis regardai dans le miroir à côté de la garde-robe.
J'en eu presque le souffle coupé: la robe était légèrement serrée à la taille puis s'évasait, l'avant arrivant au dessus du genoux et l'arrière me tombant sur les chevilles, le buste était couvert de dentelle en motif de rose, eux-même piqués de perles blanches, le col était en coeur et les épaules nues, et quant aux manches, elles s'ouvraient au coude et retombaient jusqu'au poignet. Cette robe était tout bonnement magnifique.
- Tu es magnifique, me confirma Sam en sortant de la salle de bain une heure plus tard, alors que j'étais assise sur le lit.
Elle-même avait opté pour un maquillage rosé, plus pâle et pour une robe sirène dans la même couleur, sans manches et avec le buste couvert de paillettes. Ãa faisait très Barbie, mais elle semblait l'assumer totalement.
- Maintenant qu'on est prête... Tu sais où sont rangées nos chaussures?
Le sourire sadique qu'elle me servit me fit réviser mon jugement sur Barbie.
Lorsqu'elle ouvrit la porte de l'armoire, je compris pourquoi et je geignis: bien en évidence sur une boîte, une paire de talons noirs luisante m'attendait.
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TADAAAAAA premier jour à la haute école, en vrai j'ai juste fait le tour des locaux, un vrai plaisir. Bref, que pensez-vous de ce petit chapitre? Ãa balance des infos comme ça, au calme... En vrai j'avais la haine, toute la fin du chapitre s'était effacée, mais du coup j'en ai profité ð.
Bisous et à la semaine prochaine <3
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