Chapter 19 of 30

18.

La gueule du loup: L'appel De La Lune1,997 words~10 min read

Au dehors, j'entendais des gens crier qu'on attaquait, mais c'était comme si un voile était tombé autour de moi. Tout me parvenait étouffé, comme si j'étais enroulée dans de l'ouate. Celui qui m'avait volé mon premier baiser se recula vivement, jura et s'en alla sans fermer la porte de la cage ou me remettre ma muselière .

Alors qu'il allait claquer la porte en haut de l'escalier, après avoir laissé celle en bas ouverte, il y eut un énorme "BAM" et mon agresseur revint dans la pièce, tête la première. Dans la lumière de la lune, je le vis. C'était Mickaël. Son visage se crispa et dans un déchirement d'os et de vêtements, il se transforma en un énorme loup brun clair. Il voulut se jeter dans l'escalier, mais un plus gros, noir cette fois, se jeta à sa gorge. À sa suite, pendant que les deux immenses animaux se battaient, Alexandre rentra dans la pièce. Cette scène surréaliste me remit un peu les idées en place. Si Alexandre était là alors... Alors ils étaient venus me chercher.

- Al... Alex...

- Oui oui, je suis là, s'empressa-t-il de me rassurer.

Il me prit contre lui, fit couler de l'eau entre mes lèvres et entreprit de découper mes liens avec un scalpel en me tenant fermement dans ses bras pour que je ne m'effondre pas.

- Est-ce que tu peux marcher?

Je ne pus que secouer la tête. Ça faisait des jours que je n'avais pas posé un pied devant l'autre et mes jambes me semblaient faites en carton pâte. D'un coup, la douleur me reprit et je me cambrai contre lui, incapable de retenir un cri de s'échapper de ma bouche.

- Merde! jura-t-il dans sa barbe inexistante. Quand est ton anniversaire ?

J'eus du mal à comprendre sa question, mais je finis par éructer ma réponse.

- Le... 20 novembre...

Il me sortit un chapelet impressionnant de jurons, tout en cherchant quelque chose dans sa sacoche.

C'était une seringue, qu'il me piqua dans la cuisse avant de me relever en me tenant par la taille, un de mes bras passé autour de ses épaules.

- Il va falloir marcher ma grande. Prête?

Je grognai et tentai d'avancer. Il devait m'avoir injecté un truc puissant, car mes jambes répondirent et suivirent le rythme lent d'Alexandre qui s'adaptait à moi.

- Amarok! Ça arrive ! Maintenant !

Le loup noir décida d'écourter son affrontement en envoya son adversaire dans le mur avant de lui mordre le cou. Le loup brun ne se releva pas.

Alexandre me mit dos à la scène et jeta quelque chose dans son dos.

Il y eut une série de craquement sinistre, un bruit de tissu et enfin, le médecin nous retourna. Amarok se tenait devant nous, des traces de luttes sur le corps qui mettaient un temps inquiétant à guérir et ne portant qu'un short, probablement ce qu'Alexandre venait de lui lancer.

- On se dépêche, dit-il en s'avançant vers les escaliers.

Mais alors que j'allais emboîter le pas à Amarok, mon corps se plia en deux sous le coups d'une douleur similaire à un coup de couteau dans les côtes.

Le brun jura et me prit dans ses bras en passant son bras sous mes genoux, l'autre dans mon dos.

- Accroche-toi à mon cou, me murmura-t-il presque.

Son odeur de sapin m'avait manquée, mais à celle-ci se mélangeait celle de la cendre et du sang. En pleurant, je m'exécutai et entourai son cou de mes bras. Alexandre passa devant nous pour ouvrir les portes, abandonnant Mickaël dans cette sinistre cave.

Je n'avais qu'une envie, que la douleur s'arrête. Je logeai ma tête dans le cou d'Amarok, ne voulant pas regarder les scènes de violence que je pouvais entendre autour de nous. Mon corps entier me semblait se déboiter pour se réassembler, mon souffle se faisant plus court et ma vue se brouillant de plus en plus, en plus de mes larmes qui coulaient à flots.

-Violette!

Mon père. Cette voix, c'était celle de papa.

J'eus d'un coup l'impression de me prendre une balle dans le dos et je me cambrai sous l'effet de la douleur.

- Dépose la par terre, ordonna mon père en paniquant un peu.

Amarok s'exécuta et je compris que papa aussi venait de recouvrer une forme humaine, car il était aussi peu vêtu que le brun.

Sur le sol, je me tordais dans tous les sens en n'arrivant même plus à crier tant je souffrais, agrippant la terre et l'herbe que mes mains trouvaient pour avoir quelque chose à serrer.

Papa me criait des choses, sur le fait de me calmer peut-être, de prendre des respirations... Mais le monde était devenu flou. Les formes, les sons, les odeurs, tout me paraissait trop fort et en même temps si lointain.

La douleur atteignit soudain son paroxysme, mes os craquant dans une série de bruits plus inquiétants les uns que les autres.

Cela dura quelques secondes, une éternité pour moi. Puis la douleur s'éteignit, d'un coup, ne me laissant que des courbatures gênantes. Mon souffle était plus profond et mes sens décuplés, même si j'avais l'impression qu'ils ne fonctionnaient plus du tout, puisqu'un calme plat régnait autour de moi.

Je relevai les yeux pour voir une femme s'approcher de moi. Ses yeux étaient voilés et je pouvais voir d'ici son dos un peu voûté par le temps. Elle avançait lentement, mais pas assez pour l'âge qu'elle avait l'air d'avoir. À ses côtés, un chat marchait... Sekhmet? Je grognai lorsqu'elle fût trop proche à mon goût.

Attends.... Grognais?

Elle gloussa et me rassura.

- Ça va aller ma chérie, ce n'est que moi.

Cette voix...

Mamie?

Ma voix me sembla bizarre. Je n'avais pas parlé, j'avais grogné encore une fois. Je devais faire une drôle de tête puisqu'elle pouffa encore une fois. Je regardai autour de moi pour voir les yeux de papa faire la navette entre moi et mamie alors qu'Amarok me fixait, comme si j'allais m'envoler sous ses yeux. Et quelque part ... C'est vrai que j'en avais envie. M'en aller loin.

Le temps que je réfléchisse, mamie se trouvait devant moi. Elle caressa ma joue et je laissai ma tête reposer dans sa main.

- Bon anniversaire ma Violette,me murmura-t-elle, comme si ça valait la peine avec tous ces loups-garous qui nous entouraient. Maintenant lève toi, m'encouragea-t-elle, nous sommes attendues.

Je voulus m'exécuter, mais j'eus du mal à lever mes jambes. Je regardai l'arrière de mon corps pour constater que je n'avais plus de jambes, mais des pattes... Je sentais que ça allait encore être pratique cette histoire. En râlant et tempêtant intérieurement, je finis par réussir à soulever mon corps. Je devais marcher à quatre pattes. Je titubai comme un nouveau né et alors que j'allais tomber, un autre loup, noir, me soutint par le côté. Papa avait disparu de mon champ de vision et j'en conclus donc qu'il devait s'agir de lui.

Il m'accompagna sur une dizaine de mètres, le temps que je m'habitue à ma taille et à ma forme puis me laissa avancer seule, ma grand-mère se tenant à mes côtés pour me guider.

Nous avons marché, encore et encore, si longtemps que je ne savais plus où nous étions, nous enfonçant encore plus loin dans la forêt sombre qui nous entourait.

Au bout d'un moment qui me sembla infini, la lune brillant bien haut au-dessus de nos têtes, nous arrivâmes enfin à un grand lac. Il brillait d'une lumière surnaturelle grâce aux reflets de la lune et des lucioles qui voletaient autour de l'eau. Sur l'autre berge, j'aperçus une biche couleur argent. Je n'avais pas envie de la chasser, je voulais m'asseoir et passer ma vie à la regarder.

- Avance, ma fille, m'encouragea mamie en me montrant la surface de l'eau.

Je lui lançai un regard interrogateur, comprenant bien que je n'étais actuellement pas capable de parler normalement.

- Tu comprendras quand tu la verras, me dit-elle en souriant. Je le sais, je suis prêtresse après tout.

Je soupirai, car elle avait parfaitement compris la question sans que j'ai à la poser. Je regardai alors la surface de l'eau avec appréhension, observant ce que j'étais devenue, une louve aux yeux verts mélangés de violet me renvoyant mon regard, puis y entrai, un pas après l'autre.

Au bout d'un moment, je retins mon souffle et perdit pied dans le lac.

Alors que je me débattais, ne sachant comment nager sous cette forme, je sentis une présence rassurante, presque maternelle m'entourer. Face à moi, de l'autre côté, à la surface, la lune semblait briller deux fois plus fort. C'est alors que je la vis.

D'abord une forme sombre, puis floue qui finit par se solidifier dans la lumière de la lune. Elle portait une longue robe blanche simple qui flottait autour d'elle comme un nuage de soie et cachait ses jambes, la faisant ressembler à une sirène. Ses longs cheveux noirs flottaient autour d'elle, formant une auréole sombre autour de son visage aussi blanc qu'une perle. Sur son front, elle portait un diadème en forme de croissant de lune.

Diane...

Elle me sourit. Elle était tellement belle.

Elle effleura ma joue de loup et je sentis mes os rétrécir et se replacer en douceur, me laissant humaine et nue devant elle. D'un autre mouvement, elle envoya un nuage de bulle qui s'enroula autour de moi.

- Tu dois avoir beaucoup de questions. Je t'en prie, je suis là pour ça.

Mon esprit tournait à deux mille à l'heure. Quelle question poser? Pourquoi m'avoir choisie? Qui était vraiment ma grand-mère? Pourquoi maman me détestait? Qu'est-ce qui allait arriver maintenant ? C'était quoi la suite? Est-ce que je ne suis vraiment qu'une usine à bébés loups?

- Pourquoi?

Elle me regarda, l'air de me demander de préciser, mais au moment où je voulus le faire, la réponse se forma dans mon esprit aussi clairement que si elle me l'avait dit à voix haute.

Il n'y a pas de raisons. Tu es toi car tu es toi, les loups sont eux car ils sont eux. Nous ne pouvons rien y faire, ni toi ni moi. Mais tu n'es pas rien. Tu n'es pas une source de pouvoir qu'un loup peut capturer. Tu possèdes bien plus que ce que tu ne le crois. Tout te sera dit lorsque tu trouveras ta voie.

- Je... Qu'est-ce que je dois faire? Je ne... Je ne sais pas quoi faire pour échapper à tout ça... Toutes ces attentes qu'ils ont.

Cette fois-ci, elle me répondit à voix haute.

- Que veux-tu faire, toi? Que veut ta louve? Interroge la, elle sait quoi faire pour vous guider. Accepte la.

Ne sachant pas comment faire pour communiquer avec ma louve, je fermai les yeux pour me concentrer sur moi. Puis, je la sentis. Elle n'était qu'une toute petite présence au début, mais au fur et à mesure que je cherchais à l'atteindre, elle gagnait en taille et en importance, prenait plus de place dans mon esprit, jusqu'à être égale à ma part humaine. Je ne la voyais pas, je la ressentais. Elle ne me parlait pas, elle n'en avait pas besoin. Nous n'étions qu'une, une et une seule même personne, un seul corps et une seule envie.

- Partir. Je veux partir, loin. M'enfuir.

Elle me sourit et je compris que c'était la réponse qu'elle attendait, parce que c'était la vérité.

- Exact, mais ce n'est pas encore le moment. Lorsque tout sera calme, alors tu pourras réaliser ton souhait. Mais aujourd'hui, ils ont besoin de toi.

- Serai-je à la hauteur ?

Elle ne répondit pas et je pus lire clairement dans ses yeux ce qu'elle pensait.

Puis, dans un dernier sourire et d'un dernier mouvement de la main, les courants de bulles m'entourèrent et je sombrai dans l'inconscience.

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Moi ? Vous oublier? Encore? Naaaaaan... Bon, soyez sympas, c'est les vacances ;-;. Comme la dernière fois, pour me faire pardonner, je posterai un deuxième chapitre dans quelques minutes.

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