Chapter 8 of 30

7.

La gueule du loup: L'appel De La Lune2,258 words~12 min read

21/10/2022-J-30

J'ouvris doucement les yeux, priant intérieurement pour que la soirée d'hier ne soit pas un rêve et que je sois effectivement chez mon père. Le poid réconfortant de ma boule de poils me réchauffa le cœur et je pus constater qu'il s'agissait bien de mon autre chambre.

Je sortis de celle-ci, la maison encore endormie. En bas, je croisai tout de même mon père, qui se faisait du café.

- Bonjour papa.

Dès qu'il m'aperçut, il me prit dans ses bras.

- Excuse-moi ma chérie. J'aurais dû tout voir plus tôt.

- C'est pas de ta faute, tentai-je de le rassurer.

Il ne répondit pas, il me serra plus fort contre lui .

Après ça, il m'amena doucement vers le canapé.

- Raconte-moi exactement ce qu'il s'est passé hier ma puce.

Je lui racontai donc ma journée d'hier en détail, commençant par ma routine à l'école, Mickaël, Amarok et ses regards, Samantha et ses allusions, les actions étranges des uns et des autres, les absences de Mia qui me compliquaient les jours, sa présence devenue nécessaire pour ne pas devenir folle au milieu de ce cirque.

Puis je lui racontai la pression qu'Arthur me mettait au boulot, principalement car il était inquiet, en me demandant chaque heure de chaque jour de travail, comment je me sentais, comment j'allais, si je ne me sentais pas mal.

- Attends... De quoi il parle? Tu as été malade?

- J'ai plus ou moins eu un malaise il y a une ou deux semaines... Crystal est au courant, m'empressai-je de le rassurer en voyant sa mine déconfite, mais je lui ai demandé de ne pas t'en parler pour ne pas t'inquiéter.

- Qu'est-ce que tu entends par malaise?

-Maux de tête, vertiges, fièvres, nausées, ce genre de chose.

Mon père geignit.

- Ça t'a déjà repris?

- Oui, parfois.

Il soupira et me fit signe de continuer . Inquiète, je regardai l'horloge dans le dos de mon père.

- Je vais devoir y aller... L'école commence bientôt, je vais être en retard.

- J'ai appelé l'école, m'informa mon père. Tu resteras ici jusqu'à ton anniversaire... Et peut-être un peu après.

-Quoi? m'offusquai-je. Comment ça?!

- Il va falloir que je te parle de quelque chose... De compliqué. Un secret de famille si tu veux.

- Qu'est-ce que tu racontes? Je ne te suis plus là, c'est quoi le rapport avec mon interdiction d'aller à l'école?

- Voilà... Est-ce que... Ma puce, crois-tu aux histoires de loups-garous?

Énorme blanc. Dans ma tête, tout tournait... Fou. Mon père devenait fou. Je me levai d'un bond.

- Violette ... Qu'est-ce que tu fais?

- J'appelle l'école pour dire que je viendrai.

- Tu ne peux pas faire ça.

Son ton était plus grave, plus profond. J'avais l'impression que quelque chose en moi voulait lui obéir. Oui, ça aurait été plus simple... Mais la majorité de mon corps, de mon esprit, rejettait cette éventualité en bloc. J'approchai du téléphone et dans un soupir qui ressemblait à un grondement, il se leva prestement et l'attrapa avant moi.

- Écoute moi bien ma fille, il était presque intimidant. Ce changement s'opère depuis un mois environ selon ce que tu m'as dit. Tu vas te retrouver confrontée à de nouvelles choses, de nouvelles sensations, de nouveaux défis de la vie de tous les jours. Tu n'as pas demandé cet héritage et j'aurai mille fois préféré que ça ne tombe pas sur toi, mais Diane en a décidé autrement.

- Qui est Diane et qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans? Je suis désolée de te le dire, mais t'as complètement pété un câble.

Ma voix était plus grave, plus hargneuse que je ne l'aurais voulu. Mais j'étais piégée.

- Tu t'entends? Ce n'est pas toi qui parle. Les sautes d'humeurs font partie du processus.

- Quel processus? Tu perds la boule!

- Tu veux savoir l'étape suivante? Les crises de violences! Si tu ne m'écoutes pas, tu finiras par blesser quelqu'un. Et je sais que tu t'en voudras pour toujours.

- Qu'est-ce que t'en sais de ce que je pense hein? Qu'est-ce que tu sais de ce que j'aime, de ce que je lis, de ce qui me fait peur, de moi?!

- J'en sais suffisamment pour savoir que tu culpabilises facilement.

- Tu ne sais rien de moi, lui criai-je en pleine face. Une fois! Une fois par mois, c'est tout ce que j'ai avec toi, n'espère me connaître en m'abandonnant autant!

- C'était nécessaire !

- Nécessaire à quoi, mon malheur?

- Qu'est-ce qui se passe?

Nous nous retournâmes de concert. Derrière nous, dans l'escalier, Crystal nous observait, interloquée. Il faut dire que c'était la première fois qu'elle m'entendait crier... Qu'elle nous entendait nous disputer. Je n'avais jamais osé élever la voix devant eux, jamais, par peur de paraître ingrate, par peur de ne plus jamais les voir. Et maintenant qu'ils étaient la seule option qui me restait, je semblais n'en avoir plus rien à faire.

- Violette tes yeux...

Ma belle-mère me regardait, choquée. Je la vis se tourner vers mon père, puis, après qu'il lui ait probablement répondu silencieusement, elle se tourna de nouveau vers moi.

- Non rien. Tu veux aller en cours, c'est ça?

Je hochai la tête, calmée. Elle me parlait doucement, comme elle l'avait toujours fait.

-Tes fardes sont sur la table de la salle à manger, ta grand-mère te les a apportées hier. Pour ce qui est... Du problème de famille, nous en parlerons tout à l'heure.

- Merci Crystal.

Ma voix avait repris son ton normal. Je me tournais vers mon père, qui lui ne pipait plus un mot. Je ne saurais dire si Crystal était dans la confidence du "secret de famille", mais ça me semblait plus logique qu'elle fasse référence à notre dispute et non pas au pétage de câble de papa.

Je préparai mes affaires, organisai mes cours et lorsque je redescendis, mon père m'attendait en bas des marches.

- Il te faut un chauffeur si tu veux arriver à l'heure, non?

Je hochai la tête, un peu honteuse de lui avoir crié dessus maintenant que j'avais la tête froide, mais je ne détournai pas le regard, contente de me trouver une espèce de fierté après toutes ces années à me faire rabaisser... Bon, mal dirigée, certes, mais c'était un début.

Le trajet se passa dans le silence et lorsque nous arrivâmes devant l'école, papa me regarda dans les yeux et me fit une dernière recommandation.

- Fais attention à toi et ne laisse pas ... Ces deux garçons te tourmenter.

J'acquiesçai et sortis de la voiture.

Pendant que j'approchais de Mia, elle me fixait, les yeux écarquillés.

- Vi... Ton visage... Qu'est-ce que.... Dis-moi que tu es partie. Dis le moi tout de suite.

- Je suis partie de chez moi, la rassurai-je. Je vais vivre chez mon père maintenant, il faut juste faire les démarches administratives.

- Merci mon Dieu, un éclair de lucidité dans ce brouillard qu'est ta vie. Je t'aime ma belle, tout ira mieux maintenant et tu peux toujours venir chez moi si besoin.

Elle enchaîna sa tirade avec un câlin et ne me lâcha qu'après avoir caché ses larmes, que je sentis couler contre mon épaule. Puis il nous rejoignit.

- Salut les filles! Waouh Violette... Qu'est-ce qui t'est arrivé?

Mickaël me dévisagea, ahuris. Mia lui fit signe que ce n'était pas le moment et je détournai le regard. Au loin, Amarok nous observait une fois de plus et je pouvais sentir d'ici ses yeux remplis de colère me perforer. Le pourquoi du comment m'était refusé et c'est ainsi que j'arrivai en classe.

La journée passa et contrairement à ce que papa craignait, le blond et le brun semblèrent s'accorder sur le fait que je n'avais pas besoin de tourments supplémentaires... Du moins jusqu'à midi.

À la pause, tout tourna de travers: ma carte étudiante ne passait pas, mon plateau me glissa des mains, après m'être resservie sous les regards moqueurs, impossible de trouver une table au calme. Je dûs m'asseoir avec Mia -ce qui n'était pas un problème-, Amarok, Mickaël et Samantha -ce qui ça par contre en était un. Apparemment, le temps d'un repas, Mickaël avait décidé de redevenir ami avec ses deux anciens compagnons. Ce qui m'étonnait le plus, c'était qu'Amarok avait en général le self en horreur et ne daignait jamais nous honorer de sa présence. Me voilà donc coincée entre Mia et Mickaël, la dispute de ce matin et les évènements depuis mon arrivée en tête. Mia tentait tant bien que mal de me faire participer à la conversation, mais la tête commençait à me tourner. Je n'avais qu'une envie, qu'ils se taisent tous.

Mickaël se pencha vers moi, à un moment où Mia avait abandonné la partie, puisqu'elle avait compris, elle, que je n'étais pas en état d'endurer une conversation.

- Ça va? Tu veux leur demander de partir?

Donc il pensait que mon malaise venait du fait qu'Amarok et Samantha étaient à notre table. Je vis d'ailleurs celui-ci fusiller son ex meilleur ami du regard.

- Non, parvins-je à dire. J'ai juste ... J'ai besoin d'air.

- Laisse-moi t'accompagner.

- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans non? lui répondis-je à voix basse, de cette voix grave et inconnue. Ça veut dire que tu restes ici et que tu n'as pas intérêt à bouger.

Il me regarda partir, sifflé. Mia, qui avait entendu, m'observait aussi, inquiète.

Ça ne me ressemblait pas. Rien ne me ressemblait récemment. Et si mon père n'avait pas perdu la tête? Et si toutes ces histoires étaient vraies?

Sentant une crise de panique doublée d'une crise existentielle arriver, j'entrai dans une classe vide. Je tentai tant bien que mal de me calmer, prenant une respiration profonde après l'autre, mais rien ne pouvait calmer le flot de questions qui affleuraient dans mon esprit.

Puis j'entendis les coups frappés à la porte.

- Violette?

C'était Amarok.

- Va-t-en !

- Tu es sûre que ça va?

- Tout va très bien!

Au lieu de m'écouter, il entra dans la classe et verrouilla la porte.

- Comment tu te sens?

- Comme quelqu'un qui veut la paix, là tout de suite.

Il s'approcha doucement, comme si j'étais un animal sauvage. Peut-être que c'était le cas.

- Il faut que tu me parles, Violette. Il faut que tu te calmes.

- Comment veux-tu que je me calme, explosai-je d'un coup. Je me suis enfuie de chez ma mère, mon père me raconte des histoires à dormir debout sur notre famille, il m'interdit de sortir, je me suis disputée avec lui ce matin pour la première fois de toute mon existence, tout tourne de travers aujourd'hui, comme tout tournait de travers hier! Et le pire dans tout ça, c'est que je n'ai absolument aucune putain d'idée de ce qui est en train de m'arriver!

-Violette, ça va aller.

- Non ça va pas aller!

Avant que j'ai pu comprendre ce que je faisais, je le vis avancer et ma main partit d'elle-même griffer son torse. Griffer?

Sur son t-shirt, trois traces distinctes de griffes déchiraient le tissu et les tâches rouges indiquaient que la peau en dessous était touchée aussi. Mais plus inquiétant, les traces avaient la forme et la direction exacte que mes doigts avaient pris. Terrifiée, je soulevai lentement la main pour regarder. Pour constater que ce n'était pas moi, que c'était un rêve, une hallucination, une comédie... N'importe quoi.

Mais la vérité s'imposa à moi: au bout de mes doigts, mes ongles n'en étaient plus. Ils s'étaient allongés, durcis et courbés, prenant la forme de griffes animales. Aussitôt que je les vis, mes ongles se rétractèrent, ma colère s'évaporant avec eux, et mes jambes me lâchèrent.

Avant que je heurte violemment le sol, Amarok me rattrapa, et je ne pus m'en empêcher: j'éclatai en sanglot entre ses bras.

- Qu'es.. qu'est-ce qui m'arrive ? sanglotai-je.

Il ne répondit pas, il me serra juste plus fort contre lui. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés ainsi, mais il me sembla entendre la sonnerie à un moment. La classe resta quand même vide et lorsque les larmes se calmèrent enfin, Amarok me demanda mon téléphone, envoya un message je crois, puis quitta la pièce, non sans m'informer que mon père venait me chercher.

- Merci... Et désolée, tentai-je pitoyablement de m'excuser.

Il ne dit rien, mais je crus voir un sourire prendre place sur ses lèvres... À moins que ce ne soit une grimace.

Comme promis, lorsque je sortis de la classe et de l'école par la même occasion, mon père m'attendait devant celle-ci.

Arrivés devant la maison, je ne savais pas quoi dire. Nous sommes restés quelques minutes sans rien dire, tous les deux... Puis ma crise de larme reprit, et je m'excusai entre deux hoquets de ne pas l'avoir écouté.

Il ne dit rien et me prit dans ses bras, et je ne pus m'empêcher de penser à la réaction d'Amarok, qui avait été la même.

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Tada! Ça y est, la grande révélation est faite! Bon, on va pas se mentir, on s'en doutait un peu MAIS c'est pas la fin des surprises. Je poste un peu plus tard parce que je suis actuellement en Grèce en voyage, oui encore... D'ailleurs j'ai encore du travail pour l'école, je vais pleurer, c'était pas une bonne idée de partir... BREF ,vos impressions sur le chapitre? Des théories pour la suite ? Amusez-vous dans les commentaires, pour ceux qui y laissent quelque chose.

Bisous tout le monde <3

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