09/09/2022-J-72
Vendredi, enfin.
Je dis enfin, car ce weekend je ne rentrais pas chez moi, mais chez mon père. Il avait déménagé il n'y avait pas longtemps pour agrandir son espace de vie et donc j'étais d'autant plus heureuse car ma chambre chez lui était deux fois plus grande qu'avant et il m'avait autorisée à la re-décorer comme bon me semblait. J'achetais petit à petit ce dont j'avais besoin et j'avais déjà repeint les murs en blanc et jaune pastel avec l'aide de mon père.
Je dis au revoir à Mia en vitesse et me dirigeai avec empressement vers la voiture de papa. Mon père était selon moi l'homme le plus classe de la Terre, ce que ma meilleure amie trouvait paradoxal puisque je tenais tout de lui, des cheveux noirs aux yeux verts, mais que je ne me trouvais pas vraiment à la hauteur. Et oui, que voulez-vous, j'étais une éternelle pessimiste... Mais papa restait stylé. Je ne savais pas pourquoi, mais il s'obstinait à m'attendre à une centaine de mètres de l'entrée du lycée. Je lui avais déjà dit plusieurs fois que ce n'était pas la peine, que je n'étais pas gênée ou quoi, mais il me répondait toujours que ce n'était pas pour ça, sans jamais me donner sa raison. Cependant, aujourd'hui quelque chose n'allait pas.
Je me retournai, la main sur la poignée de la portière pour voir Amarok, au loin, me fixer... Du moins c'est ce que je crus, puisque le temps que je mette mon sac dans la voiture, il avait disparu.
Je montai dans la voiture, troublée. Je redescendis sur Terre quand mon père m'accueillit, comme à son habitude, avec une accolade et un baiser sur le front.
- Comment va ma petite puce?
- Ãa va, papa. Et toi?
- Beaucoup mieux depuis que tu es dans cette voiture! Comment s'est passée ta semaine?
Je commençai à lui raconter ma semaine, puis je remontai à celle d'avant, puis à la fin de mes vacances. C'était toujours comme ça quand je le voyais, nous remontions à deux le cours des évènements, "d'aujourd'hui à hier" comme il aimait dire. Cela venait d'une manie que j'avais quand j'étais petite: je commençais systématiquement mes histoires par la fin et remontais petit à petit les autres parties de l'histoire pour finir par le point de départ.
Cela amusait beaucoup mon père et il avait ri aux éclats une fois, car j'avais commencé par : "je me suis battue" pour terminer sur: "elle m'a volé mon goûter". Ce elle, c'était Mia à l'époque. J'avais 4 ans. Et non, je n'aimais pas qu'on touche à mon goûter.
- Il s'est passé un truc bizarre aussi, dis-je, l'air de rien.
- Quoi donc ma puce?
- Il y a un gars qui tente de se rapprocher de moi.
Je sentis mon père se tendre, les mains crispées sur le volant. Je n'y fis pas trop attention, car je savais que papa était parfois surprotecteur, que ce soit question amour, ou parce qu'il savait ce qu'il m'était déjà arrivé avec des garçons.
- Qu'est-ce que tu entends par là ?
- Et bien... Il reste de plus en plus avec moi ces derniers temps... Depuis la rentrée en fait. Il m'a aidée une fois avec Jonah et depuis j'ai l'impression qu'il joue un peu les gardes du corps... Je ne sais pas trop pourquoi.
- Tu es sûre qu'il ne te veut aucun mal?
- J'en sais rien. Pour l'instant ça va, mais Mia à l'air prête à lui faire sa fête si jamais il fait un pas de côté.
- Dis-lui qu'elle peut me mettre sur la liste des participants au massacre.
J'explosai de rire et papa se détendit un peu.
- Comment il s'appelle ce garçon?
- Mickaël.
- Mickaël comment?
- Mickaël Bluebird.
L'instant de détente disparut complètement et il se crispa tellement que je pus voir ses veines transparaître sous la peau tendue de ses mains.
- Papa, ça va?
- Ouais ouais, ça va. Mais ne... Méfie toi de ce garçon, d'accord?
- D'accord mais... Pourquoi tout d'un coup? Tu es sûr que ça v-
- Je vais bien ma puce. Tout va bien. Tiens, regarde on est arrivé!
Avant que j'ai eu le temps de poser plus de questions, nous étions garés devant la nouvelle maison et il partit chercher mes bagages pour le week-end dans le coffre. Soucieuse, je sortis et l'observai, mais il était redevenu parfaitement normal. Alors que nous avancions vers la porte d'entrée, une deuxième voiture se gara devant la maison. Un garçon brun en surgit alors comme un diable sautant d'une boîte.
- VIVIIII!
Mon demi-frère se jeta brutalement dans mes bras et je le rattrapai comme je pouvais, étouffant un cri de souffrance, mes bras n'étant plus adaptés pour soutenir le poids d'un gosse de 11 ans qui allait bientôt me dépasser en taille.
- Salut Lucas.
- Bonjour, Violette.
Ma belle-mère sortit avec sa grâce naturelle de la voiture, ses cheveux bruns tombant en une cascade parfaite jusqu'au milieu de son dos.
- Bonjour Crystal.
Comme papa, elle me baisa le front, puis entra dans la maison. J'entrai à sa suite, mon sac à la main et le montai directement dans ma chambre.
La soirée se passa dans la bonne humeur, comme d'habitude, et au soir, Crystal entra dans ma chambre pendant que papa se battait avec Lucas pour l'envoyer au lit alors que celui-ci était tout excité après le film d'action familial traditionnel.
- Alors, maintenant qu'on est entre filles, raconte moi tout.
Comme avec papa, plus tôt, je racontai tout à l'envers, mais surtout, avec les détails croustillants qui ne plaisent qu'aux filles: les garçons plutôt mignon qui passaient au café où je travaillais par exemple, ou les bourdes de Mia, qu'elle avait miraculeusement décidé d'accumuler en cette semaine de rentrée -sac oublié, stylo oublié, stylo ou gourde qui coule etc...- et puis je terminai, comme avec papa cette fois-ci, par Mickaël.
- Et du coup,il y a ce type qui essaye de s'approcher de moi depuis la rentrée.
- Oooh! Dis m'en plus! Nom, prénom, arbre généalogique, à combien sur l'échelle de la beauté-
- Du calme, du calme, dis-je en riant.
Elle était bien plus enthousiaste que papa en termes de garçon, pas par ignorance ou par naïveté, mais parce qu'elle était de ces personnes profondément humanistes et optimistes qui ne jugeaient jamais un livre à sa couverture.
- Il s'appelle Mickaël Bluebird et il a déjà une copine.
- Oh, je crois que c'est à cause du "il a déjà une copine", mais Crystal sembla... Douchée d'un coup, comme si on venait brusquement d'enlever son filtre bienveillance. Alors... Peut-être que tu devrais l'éviter.
- Je veux bien, mais en attendant, il me protège des autres garçons et il n'a rien tenté avec moi.
- Le simple fait qu'il se rapproche soudainement de toi, c'est "tenter quelque chose" ma belle....
- Mais...Bon et si je fais très attention? Il n'est peut-être pas honnête avec Samantha, mais jusqu'ici elle ne s'est pas plainte, même quand elle nous voyait!
-Samantha?
- Sa petite amie.
- Je vois. Continue ton raisonnement s'il te plait.
- Je n'ai pas envie qu'il se passe quelque chose avec Mikaël... Enfin, si, bien sûr, je serais idiote de ne pas me faire de films, mais ça reste des films, il a une petite amie, je le sais! J'en suis bien consciente... En attendant, c'est la première fois depuis que je suis entrée au collège que j'ai des journées plus ou moins normales en cours et rien que pour ça je me contrefiche des problèmes qu'il peut avoir avec Samantha.
- Donc, ce qu'il te faut, c'est une protection?
- Oui, en gros... Et il me l'apporte. C'est bête mais c'est comme ça.
- Ce n'est pas bête du tout, chérie.
Elle me caressa doucement la joue, comme une vraie mère le ferait pour rassurer son enfant. C'est bête, mais je n'avais jamais réussi à l'appeler "maman", malgré le fait qu'elle s'en rapprochait beaucoup plus que ma génitrice et que je la connaissais depuis mes 5 ans.
- Si tu as vraiment besoin de ce sentiment... Alors temps que ça ne va pas plus loin et que tu poses des barrières claires avec lui, ça devrait aller... Mais fais quand même bien attention, d'accord chérie?
- Oui, Crystal. Oh et... Il y a autre chose.
- Quoi ma belle?
- Le meilleur ami de Mikaël, Amarok... Je ne sais pas pourquoi, mais ... Il agit bizarrement je trouve.
-Qu'est-ce que tu veux dire?
- Je veux dire... Tout à l'heure j'ai cru le voir m'observer pendant que je montais dans la voiture. Mais quand j'ai cligné des yeux il avait disparu...
Elle ne dit rien pendant une minute, puis me servit un de ses sourires rassurant, bien que celui-là me sembla bancal.
- Un problème à la fois. On règlera le problème du meilleur ami bizarre du beau gosse apparemment infidèle, après le beau gosse apparemment infidèle, d'accord?
Je hochai la tête en souriant. Elle m'étreignit une dernière fois, puis sortit de la chambre en éteignant la lampe.
Je n'allumai pas ma lampe de chevet et sombrai presque tout de suite dans un sommeil profond.
La fenêtre ouverte de sa chambre était comme une invitation pour lui. Il escalada la façade et suivit son odeur. Elle dormait déjà , allongée dans son lit, ses cheveux noirs éparpillés autour de sa tête comme une auréole sombre. Il s'approcha doucement et caressa sa joue rosée du bout des doigts. Il eut un mouvement de recul lorsqu'elle fit mine de se réveiller, mais elle bougeait juste dans son sommeil. Il soupira de soulagement et sortit discrètement de la chambre de la belle endormie, se postant derrière sa porte dans le couloir. Son odeur l'englobait et le cachait aux plus perceptifs.
- Tu te rends compte qu'ils la prennent déjà pour cible?
Un homme s'énervait dans la chambre du fond. Probablement son père.
- Elle a bientôt 16 ans. C'est normal Jude.
Une femme le calmait. Sa mère peut-être.
- Normal ou pas, c'est trop tôt. J'ai tout fait pour qu'ils ne le sachent pas... Comment l'ont-ils su d'ailleurs?
- Ils l'auraient su un jour ou l'autre, tu as fait tout ce que tu as pu. Et tu sais qu'elle n'en aurait pas supporté plus. Arrête de te torturer comme ça.
- Il n'empêche... Les Bluebird? La laisser l'approcher, c'est la jeter dans la fosse au lion...
Il sentit que la femme eu un moment d'hésitation, puis qu'elle se déplaçait, pour se mettre face à son mari.
- Avec qui vas-tu faire une alliance alors?
- Je n'ai pas d'alliance à faire, soupira-t-il. Elle est promise depuis sa naissance... Je pensais juste repousser cette date indéfiniment je pense...
- Ã qui est-elle promise?
Il y eut un moment de silence, puis quand l'homme reprit son souffle pour parler, une autre porte, juste à gauche de là où il se trouvait, grinça. Il s'empressa de retourner dans sa chambre à elle, faisant attention à ne faire aucun bruit.
- Lucas, mon chou, qu'est-ce que tu fais debout à cette heure? demanda la femme d'une voix douce.
-Je vais remplir ma gourde, argumenta un jeune ado, son frère à elle. J'ai soif.
- Vas-y vite mon coeur, mais ne traîne pas trop, d'accord?
Il l'entendit acquiescer d'une voix fatiguée, puis Jude dire à sa femme qu'ils reparleraient de tout ça demain.
En jurant intérieurement, il battit en retraite.Avant de passer par la fenêtre cependant, il regarda une dernière fois le visage de la seule qui n'avait pas bougé de tout l'échange. Il aurait tout fait pour graver cette image dans son esprit...
Puis il s'enfuit dans le noir de la nuit.
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Hello! Nous voici au chap 2 ! Avis sur le père et Crystal? L'identité du mystérieux visiteurs?
à la semaine prochaine et bisous <3
ps: corrigé! ( j'ai oublié de préciser, mais le chap 1 aussi du coup...)
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